Lutte contre les Fake News

Les #FakeNews ou #Infox, fléau à combattre pour ne pas véhiculer de fausses informations.


Fake news

Fake news : guide des questions à se poser face à une information

 
Comment évaluer la qualité et la pertinence d’une information et discerner le vrai du faux ? Voici quelques questions à se poser au quotidien.

Qui est l’auteur de l’information ?

L’auteur est souvent identifié au début ou à la fin d’un article, par son nom ou par ses initiales. Parfois, il n’est pas mentionné ou il écrit sous un pseudonyme ou pour un organisme. Il est important de déterminer la légitimité de l’auteur: est-il un expert ou non sur le sujet ? Certains sites proposent même d’accéder, via un lien hypertexte, à sa biographie et à l’ensemble de ses publications.

Quel est l’objectif de l’auteur ?

L’auteur peut relater des faits ou exprimer son opinion : ce n’est pas la même chose.

Quelle est la nature du site et de son éditeur ?

Un blog, un site institutionnel, un média en ligne, un réseau social, …, la nature d’un site est aussi diverse que variée et peut apprendre beaucoup sur la qualité d’une information. C’est aussi le cas pour l’éditeur du site qui peut être un média détenu par un groupe français ou étranger, un parti politique, une entreprise, une association, un particulier… 

Quels sont les objectifs du site ?

Un site peut avoir pour objectif de vendre, d’informer, de militer, de convaincre, de manipuler, de faire peur ou encore de faire le buzz. En fonction de l’objectif du site, l’information n’a pas la même pertinence.

Comment se présente le site ?

La structure, l’ergonomie, la clarté de la langue, le type de publicités, …, la présentation d’un site est parfois révélateur de la crédibilité des informations qu’on y trouve.

D’où vient l’information ?

Les sources d’une information sont primordiales pour déterminer sa crédibilité. L’origine d’un chiffre ou d’une citation, quand elle est mentionnée, permet au lecteur de s’y référer directement. Certains sites proposent des liens hypertextes renvoyant vers les sites sources.

L’information a-t-elle été publiée sur d’autres sites ?

Il est important de comparer et de croiser les sources. Cela permet de voir si l’information est présente sur d’autres plateformes et de voir comment elle est traitée ailleurs.

De quand date l’information ?

Il est important de savoir à quel moment les faits relatés se sont produits. Par exemple, certaines fausses informations s’appuient sur des images prises dans des contextes et à des moments différents pour commenter un sujet d’actualité. Les légendes sous les images, la date de publication d’un article, les métadonnées sont susceptibles d’apporter de précieux renseignements.

L’information présente-t-elle des détails incohérents ?

Par exemple, lorsque l’image ne correspond pas à la légende qui l’accompagne, cela doit éveiller les soupçons sur la véracité de l’information.

Que disent les commentaires ?

Parce qu’ils soulignent parfois l’incohérence d’une information, les commentaires des internautes sont utiles pour jauger la crédibilité des informations avancées.

 

L’exemple des Gilets Jaunes

Article d’Antoine de Tarlé “Une crise majeure de l’information

Gilets jaunes: une crise majeure de l’information

20 décembre 2018

“Une des spécificités les plus notables du mouvement des Gilets jaunes est le rôle et l’influence des différents systèmes de communication d’aujourd’hui, chaînes d’information et réseaux sociaux. Leur responsabilité majeure dans le déroulement de la crise mérite une sérieuse réflexion sur le devenir de notre démocratie et devrait nourrir le débat sur la mise en place de nouvelles formes de régulation adaptées à de nouvelles manières de communiquer.

L’apparition depuis une quinzaine d’années de chaînes d’information continue a bouleversé le paysage médiatique de manière irréversible. Au surplus, la France présente la particularité d’être le pays développé qui dispose du plus grand nombre de ces chaînes, quatre au total contre deux au Royaume Uni et trois aux États-Unis. De ce fait, la concurrence est particulièrement sévère et on a reproché aux journalistes, notamment ceux de BFM TV, de chercher à tout prix à augmenter l’audience en relayant sans le moindre recul les propos les plus outranciers de porte-paroles auto-proclamés des gilets jaunes. Le résultat a été spectaculaire. En  novembre, l’audience de BFM a fortement progressé, se rapprochant de celle de FR3 et se détachant plus nettement de celle de ses concurrentes.

Toutefois, cette dérive préoccupante de l’information instantanée, diffusant sans aucune précaution des images de protestataires déchaînés et de scènes de pillage, ne s’est pas traduite par une égale progression de la crédibilité de ces chaînes. Les Français les ont beaucoup regardées mais elles n’ont pas conquis l’approbation de la population disparate des Gilets jaunes. De nombreux journalistes ont été injuriés voire parfois molestés, accusés d’être au service des patrons et de mystérieuses puissances occultes à la solde des plus riches.

Mobilisation et désinformation par les réseaux sociaux

Le mouvement a surtout marqué la consécration du rôle des réseaux sociaux comme instruments majeurs de mobilisation et véhicules efficaces de désinformation.

Dans une enquête approfondie sur ce point, le journaliste spécialiste du numérique  Frédéric Filloux souligne que les Gilets jaunes ont démarré début novembre grâce à 1500 pages sur Facebook, fixant des rendez-vous dans la France entière. Certains personnages comme Maxime Nicolle ou Eric Drouet sont devenus des vedettes de la plateforme avec plus de 200000 followers chacun[1].

De même, des groupes « Colère » ont commencé à apparaître sur Facebook dès le début de 2018. Avec la naissance du mouvement des Gilets jaunes, ils se sont développés en se déclinant par département, comme Colère 24 ou Colère 87, s’étendant aussi à l’ensemble du pays et rassemblant des centaines de milliers d’internautes.

Comme l’indique Filloux, cet essaimage a été puissamment aidé par le changement d’algorithmes décidé en début d’année par Mark Zuckerberg. Ce changement a pour objet de donner la priorité aux informations locales et à celles qui émanent de groupes d’internautes. En contrepartie, les pages produites par les médias traditionnels sont reléguées au second plan. Cette mutation a causé un préjudice sérieux aux journaux qui avaient cru, naïvement, que Facebook continuerait à les aider à reconquérir leur public et ont assisté à la chute de leur audience numérique. Elle a, en revanche, favorisé une multitude d’initiatives dont le souci principal n’était pas la qualité de l’information mais la volonté de rassembler le plus grand nombre possible d’internautes mais aussi d’intervenants dans les centaines de lieux de manifestations. Le mouvement des Gilets jaunes a joué à fond cette carte en s’appuyant sur la conviction de la plupart des manifestants qui jugent qu’un vidéo d’un groupe local ou les déclarations d’un orateur improvisé enregistrée par son smartphone sont beaucoup plus crédibles que les reportages des télévisions publiques et privées.

Cette ubiquité de Facebook ne peut être sous-estimée. Elle bénéficie du soutien de 67% des internautes français soit 29 millions d’individus, beaucoup plus donc que l’audience des chaînes d’information, et  a d’autant moins contribué à la fiabilité de l’information qu’elle s’est accompagnée d’une circulation intense de fausses nouvelles accompagnées de photos truquées ou empruntées à des événements anciens.

Fausses nouvelles et complotisme

Il serait fastidieux d’énumérer ces fake news. La plupart émanent d’initiatives d’individus qui, en d’autres temps, auraient propagé par courrier ou par téléphone ces rumeurs. Toutefois on a aussi la certitude de l’intervention d’acteurs extérieurs. C’est le cas de la campagne contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Cette déclaration non contraignante patronnée par l’ONU et qu’une centaine de pays ont signée dans la ville marocaine a simplement pour objet d’inciter les États à respecter certaines dispositions humanitaires et légales en matière de traitement des migrants sans qu’aucune de ces dispositions aient un caractère obligatoire pour aucun des pays concernés. Pourtant, des officines liées à l’extrême droite américaine et à son porte-parole Steve Bannon ont fait circuler sur Facebook des informations alarmistes annonçant que la signature du pacte déclencherait l’arrivée en France de millions d’Africains, information reprise par d’innombrables pages de Gilets jaunes.

De même, les sites russes d’information en langue française, Sputnik et RT, ont multiplié les approches dramatisant à l’envi une situation déjà périlleuse pour la société française. Cette façon journalistique de privilégier la dimension la plus grave de la crise contribue évidemment à l’aviver. Plus grave, d’après Bloomberg News et le Times , il y aurait 600 comptes Twitter reprenant le hashtag @giletsjaunes, qui seraient alimentés par des organismes russes et insistaient notamment sur une soi-disant révolte de la police française contre le Président.

Dans tous les cas, il apparaît que Facebook, sa filiale WhatsApp et YouTube, devenus des organes majeurs de circulation de l’information, fonctionnent sans véritable contrôle ni prise sérieuse de responsabilité de leurs dirigeants et bénéficient d’une audience considérable et fidèle.

Cet état des choses est largement débattu des deux côtés de l’Atlantique à la suite des abus constatés lors de la campagne du Brexit et des présidentielles américaines. En France, la crise des Gilets jaunes  le remet au centre de l’actualité. Toutefois, les auditions des responsables des réseaux sociaux par le Congrès américain, la Chambre des Communes britannique et le Parlement européen ont montré que ces dirigeants étaient prêts à multiplier les excuses et les promesses de changement mais que les changements réels tardaient à se manifester.

De nouvelles règles juridiques pour les réseaux sociaux

Il apparaît clairement que des remèdes efficaces doivent être mis au point pour éviter une désintégration complète des modes d’information des citoyens dans la mesure où les nouvelles circulent sans contrôle sur les plateformes et se substituent aux circuits bien réglés des médias traditionnels au sein desquels les rédactions travaillent dans un cadre juridique fixé depuis un siècle et demi par la loi et la jurisprudence.

Il serait souhaitable de ne pas se limiter aux engagements d’autocensure des plateformes et mettre au point des formules qui obligent leurs dirigeants à assumer leurs responsabilités. Une solution de plus en plus évoquée en France consisterait à attribuer aux présidents des filiales françaises de Facebook, Twitter, Google et You Tube, un statut comparable à celui de directeur de la publication dans un organe de presse. Ils seraient donc légalement responsables des contenus diffusés par ces plateformes et pourraient faire l’objet de poursuites devant les tribunaux ce qui présenterait l’avantage de fixer une jurisprudence s’inspirant du droit de la presse.

Une telle réforme viendrait utilement compléter le régime de protection des données, RGPD, instauré par l’Europe et pourrait servir de modèle pour l’établissement d’une nouvelle réglementation à l’échelle de l’Europe.

[1] Frédéric Filloux, Mondaynote, 5 décembre 2018.”